Dans notre précédent article (L'Alchimie des Ombres), nous avons traversé le feu. Nous avons appris à ne plus projeter nos blessures sur l'autre, à faire ce "demi-tour" intérieur pour transmuter notre propre plomb. C'était l'étape la plus solitaire et la plus exigeante.
Si vous avez fait ce travail, vous ressentez probablement aujourd'hui une étrange sensation : une "puissance tranquille". Le calme après la tempête. Vous ne cherchez plus à sauver, vous ne réagissez plus aux armures, et vous assumez vos propres ombres. Vous êtes devenu souverain.
Mais une nouvelle question vertigineuse émerge alors : "Si je n'ai plus besoin de l'autre pour me sauver, me rassurer ou me compléter... pourquoi être en relation ?"
C'est le grand piège de la souveraineté naissante : confondre l'indépendance (je me suffis à moi-même, donc je m'isole) avec la liberté.
Nous n'avons pas fait tout ce travail pour finir seuls sur une montagne. Nous l'avons fait pour pouvoir enfin vivre la forme de relation la plus haute et la plus rare qui soit : l'interdépendance sacrée ou divine, ou la "Danse des Souverains".
Après avoir souffert de dépendance ou de relations toxiques, le pendule part souvent à l'autre extrême. Nous devenons farouchement indépendants. Notre souveraineté devient une armure. Nous disons : "Je n'ai besoin de personne", "Je suis complet tout seul".
C'est une étape nécessaire de guérison, une convalescence. Mais si l'on y reste bloqué, cela devient une prison dorée.
C'est la posture de "l'Amiral" sur son pont, respecté de tous, gérant parfaitement son navire, mais fondamentalement seul face à l'océan. C'est sécurisant, mais c'est froid. Il n'y a pas de place pour la vulnérabilité, pas de place pour la surprise de la rencontre. On contrôle tout, donc on ne vit rien d'inattendu.
L'indépendance féroce est une réaction de peur : la peur de perdre cette souveraineté si durement gagnée si l'on ouvre à nouveau la porte.
Le passage vers la Danse des Souverains demande un changement de paradigme radical sur ce qu'est un couple ou une amitié profonde.
Le modèle de "L'Ancien Monde" est basé sur le Besoin : "Je t'aime parce que j'ai besoin de toi (pour ne pas être seul, pour payer le loyer, pour valider ma valeur)." C'est du commerce. Si tu arrêtes de remplir mon besoin, je m'écroule ou je te hais.
Le modèle du "Nouveau Monde" est basé sur le Choix : "Je n'ai absolument pas besoin de toi pour être entier. Je suis complet. Et c'est précisément depuis cette plénitude que je te choisis, jour après jour, parce que ma vie est plus riche, plus vibrante avec toi."
C'est terrifiant pour l'ego, car il n'y a plus de colle, plus d'obligation. Il n'y a que la liberté pure de deux êtres qui décident de marcher ensemble. C'est le seul espace où l'amour véritable peut respirer.
3. L'Enseignement : La Métaphore de la Danse et du Troisième Corps
Imaginez deux danseurs de tango professionnels. Pour que la danse soit sublime, chacun doit tenir son propre axe, son propre équilibre. Si l'un des deux s'appuie de tout son poids sur l'autre pour ne pas tomber (dépendance), les deux s'écroulent.
Dans la Danse des Souverains, chacun est responsable de son propre centre de gravité (ses émotions, ses besoins, sa sécurité). Ils ne se rencontrent pas pour se compléter, ils se rencontrent pour créer.
C'est là qu'apparaît le concept magique du "Troisième Corps".
Il y a Toi (Souverain 1), il y a Moi (Souverain 2), et il y a la Relation (le Troisième Corps).
Dans l'ancien monde, on essaie de contrôler l'autre. Dans le nouveau monde, les deux partenaires se mettent au service de ce Troisième Corps. La question n'est plus "Qu'est-ce que je veux ?" contre "Qu'est-ce que tu veux ?", mais : "De quoi la Relation a-t-elle besoin maintenant pour grandir ?"
La relation devient une entité vivante, un champ d'énergie co-créé qui dépasse la somme des deux individus.
Prenez un instant pour scanner vos relations les plus importantes (partenaire, ami proche) :
Comment passer de la théorie à la danse réelle ?
L'exercice : Le Changement de Chaise
La prochaine fois qu'une friction ou une décision importante survient dans votre relation (un désaccord sur un projet, une tension émotionnelle).
Au lieu de rester assis sur votre chaise ("Ma position, mes besoins") ou d'essayer de vous mettre sur la chaise de l'autre (ce qui est parfois de la projection), visualisez une troisième chaise vide au milieu de la pièce. Cette chaise représente "La Relation".
Posez-vous la question ensemble ou seul : "Si la Relation pouvait parler, de quoi dirait-elle qu'elle a besoin en ce moment ?"
Peut-être a-t-elle besoin d'espace ? De légèreté ? De vérité crue ? De silence ?
En objectivant le lien, vous sortez de l'affrontement des egos pour devenir des co-gardiens de l'espace sacré qui vous unit. C'est le début de la danse.
"Le but d'une relation n'est pas d'avoir quelqu'un qui pourrait vous compléter, mais d'avoir quelqu'un avec qui vous pourriez partager votre complétude." — Neale Donald Walsch
Écrire ces lignes résonne particulièrement en moi en ce moment. Je suis à la veille d'un grand départ physique et symbolique (mon voyage "Dauphins"). Mes valises sont bouclées, mes dossiers professionnels sont clos.
Après avoir traversé l'épreuve alchimique décrite dans le dernier article (clore les vieux fantomes du passé en transformant le plomb du rejet en or de la clarté), je ressens cette "puissance tranquille" de l'Amiral. Je n'attends plus personne sur le quai. Je suis complet.
Et c'est précisément dans cet espace de non-besoin absolu qu'une nouvelle disponibilité émerge.
Ce soir, juste avant de partir, j'ai rendez-vous avec quelqu'un. Dans l'ancien monde, j'y serais allé avec le besoin d'être rassuré après avoir été "rejeté" ailleurs, ou avec la peur de m'engager.
Aujourd'hui, j'y vais en tant que Souverain. Je n'ai pas besoin d'elle pour combler un vide. Je choisis d'aller vivre l'intensité du feu avec elle avant de rejoindre l'eau des dauphins. C'est une rencontre de deux "loups", deux êtres entiers qui choisissent de partager leur intensité le temps d'un instant, sans contrat, sans attente, juste pour la beauté de la danse.
C'est vertigineux de liberté. Et c'est infiniment plus vivant que tout ce que j'ai connu dans le besoin.
Infinie gratitude,
Solas Cearta
Dans notre prochain et dernier article de cette série fondamentale, nous verrons la conséquence naturelle de tout ce parcours. Quand vous ne sauvez plus, quand vous ne réagissez plus, quand vous alchimisez vos ombres et que vous dansez votre complétude, quelque chose change dans votre aura. Article 21 : "Le Magnétisme du Souverain – Devenir le Phare qui attire sans jamais forcer." Vos retours sur vos propres danses sont les bienvenus par e-mail àCopyright © 2020 - 2025 // Grandchamps, 6 - Marche-en-Famenne // Tél.: +32(0) 475.82.20.82 // Site web by Zzam + Petitpoisson