Dans mon dernier article (L’Art de la Parole Souveraine), nous avons appris à communiquer sans nous justifier. Mais une fois que la parole est claire, un autre défi se présente, plus subtil et plus émotionnel : que faire face à la souffrance de l'autre ?
Comment aimer intensément sans se perdre ? Comment soutenir sans porter ?
La Vie a un sens de l'humour implacable. Juste au moment où je pensais avoir compris ma souveraineté, elle m'a envoyé le "Test Ultime". Une rencontre. Une femme. Une histoire lourde. Et ce vieux décor, d'une familiarité vertigineuse, qui a refait surface.
J'ai compris cette semaine que l'amour vrai n'est pas une infirmerie. Et que pour aimer vraiment, il faut avoir le courage de ne pas sauver.
C'est d'ailleurs souvent une pure supposition de notre part : l'autre a-t-il vraiment demandé à être sauvé ? Est-ce juste de présumer de sa fragilité ?
Il y a quelques jours, j'ai reconnu la mélodie. C’était une musique que je connais par cœur : celle d'une âme lumineuse mais chargée d'une lourdeur émotionnelle, portant les stigmates d'un passé douloureux.
Mon intérieur a tressailli. C'était viscéral. Tout mon être a bloqué net.
Ce n'était pas une envie de la sauver — ce rôle-là, je l'ai pacifié et je pensais en avoir fini avec lui.
Non, c'était la peur fulgurante d'être aspiré malgré moi dans ce vieux scénario.
Mon corps, ce gardien absolu, a tiré le frein à main. Il a hurlé : "Attention ! Terrain connu. Ne retombe pas là-dedans."
Il a bloqué pour me protéger d'une rechute, non pas par manque d'élan vers l’autre, mais par refus catégorique de réendosser ce costume de Sauveur qui m'a tant coûté par le passé.
Mais au cœur de l'interaction, j'ai pu dépasser cette peur pour faire un choix radicalement différent.
Au lieu de me pencher vers elle pour "pomper" sa douleur (ce qui m'aurait vidé et l'aurait laissée victime), je suis resté ancré.
Je n'ai pas cherché à "faire". J'ai simplement été.
J'ai offert un espace de sécurité totale, un "Foyer Intérieur" chaleureux, mais je ne suis pas descendu dans sa cave pour faire le ménage à sa place.
Le résultat a été foudroyant.
Parce que je n'essayais pas de la réparer, elle s'est sentie libre de lâcher prise. L'énergie a circulé avec une puissance inouïe. Ce qui devait être transmuté l'a été, non pas par ma volonté, mais par la magie de la Présence.
J'ai dû prendre une décision difficile le lendemain : dire "Non" à entrer dans une relation sous sa forme classique.
Je voulais couper court à toute tentation, par habitude ou mimétisme, de glisser dans ce rôle de béquille. Car au fond, supposer que l'autre a besoin d'être porté, n'est-ce pas déjà une manière de vouloir imposer mon rôle de sauveur ? Je devais me protéger de mon propre réflexe, pas d'elle.
La différence vibratoire est subtile mais essentielle. Elle distingue deux postures :
C'est ici que l'image du Cerf Souverain prend tout son sens.
Observez le Cerf dans la forêt. Il ne court pas après les autres animaux pour les porter. Il ne s'excuse pas d'être là. Il se tient simplement debout, ancré dans la Terre, la tête haute vers le Ciel.
Il agit comme un Phare vivant : sa simple présence, calme et majestueuse, structure l'espace autour de lui. Il rassure la forêt non pas par ce qu'il fait, mais par ce qu'il émane.
C'est cela, l'Allié véritable : celui qui reste dans sa colonne de lumière pour que l'autre puisse y trouver son propre repère.
Avant de passer à la pratique, observez vos relations actuelles (couple, amis, famille) :
Comment savoir si vous êtes en train d'aimer ou de sauver ?
L'exercice de la semaine : La Question "Si j'arrête ?"
Face à une personne que vous aidez beaucoup en ce moment, posez-vous cette question en toute honnêteté :
"Si j'arrête de le/la soutenir demain, s'écroule-t-il/elle ?"
Si c'est le cas, votre défi cette semaine est de rendre la responsabilité.
La prochaine fois que cette personne se plaint, au lieu de trouver une solution, demandez : "Je t'entends. Qu'est-ce que TOI, tu penses pouvoir faire pour changer ça ?"
Observez votre peur de ne plus être indispensable. Respirez dedans. Vous êtes en train de rendre à l'autre sa couronne.
"On ne peut éclairer personne si l'on accepte de baisser sa propre intensité pour rejoindre l'autre dans le noir."
— Auteur inconnu
Pour être transparent, l'écriture de cet article s'accompagne d'un dénouement inattendu et lumineux.
Alors que je restais vigilant pour ne pas glisser dans ce rôle de sauveur, cette personne m'a offert la clé de la transmutation en me disant simplement : "Tu es libre."
En prononçant ces mots, elle a d'elle-même brisé le contrat tacite de la dépendance. Je n'ai donc pas eu besoin de fuir la relation. J'ai simplement pu dire "Non" à l'ancien schéma (la béquille) pour dire un grand "Oui" à une rencontre d'âme à âme, sans poids ni attente et peu importe la suite.
C'est la preuve vivante : quand on renonce à vouloir porter l'autre, on lui laisse l'espace de révéler sa propre puissance.
(C'est ici que j'afficherai vos témoignages sur vos propres expériences : avez-vous déjà osé arrêter de sauver quelqu'un ?)
Infinie gratitude,
Solas Cearta
Dans notre prochain article, nous aborderons la suite logique de cette posture : "Le Polyglotte du Cœur – Comment parler à l'Armure sans perdre son Âme." Vos retours sont les bienvenus par e-mail à
Copyright © 2020 - 2025 // Grandchamps, 6 - Marche-en-Famenne // Tél.: +32(0) 475.82.20.82 // Site web by Zzam + Petitpoisson
Nous utilisons des cookies et des technologies similaires pour améliorer votre expérience sur notre site Web.